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15 octobre 2010

Peluche montre les dents



Peluche en avait marre.
Marre d'être pris pour un jouet. D'être trimballé dans une poussette et couché dans un berceau. C'est qu'il descendait du loup, pas du lapin nain ! Tous les matins il visait la porte de sortie en soupirant. L'heure de la promenade arrivait toujours bien tard.
Alors un jour Peluche sortit les dents. Il se mit à grogner. A baver. A griffer le tapis. A machouiller les meubles. On changea son nom. On l'appela Morsure. Il trouva que c'était beaucoup mieux. On lui mit un collier, de ceux qui serrent quand on tire. Il trouva que c'était beau. On lui mit une muselière. Il trouva que c'était un peu exagéré. On l'attacha à un piquet. Il trouva que c'était ennuyant. On le laissa dormir dehors. Il trouva que c'était froid.
Finalement il redevint gentil et doux. Il se laissa habiller en poupée. On lui redonna son nom de Peluche. Et il trouva que c'était tout simplement bien.

(Illustration Susanna Rumiz)

14 septembre 2010

L'arbre à beignets


Oui. Alfred était fier de son arbre. Il avait mis un temps fou à parvenir à ce résultat.
D'abord il avait essayé de planter des beignets. Mais rien n'avait poussé.
Ensuite il avait planté de la farine, de la levure et des oeufs tout en arrosant le tout de lait. Mais rien n'avait poussé.
Finalement il avait murmuré la recette aux feuilles d'un arbrisseau qui avait l'air plus gourmand que les autres.
Et depuis, chaque année en févrierAlfred récoltait les fruits de son merveilleux arbre à beignets.

(Illustration Suzanna Rumiz)

30 août 2010

Marion n'ose pas



Tous les jours je passe par là en rentrant de l'école.
Tous les jours je m'arrête devant le passage piéton et je me répète "Ne pas traverser... Ne pas traverser...".
Tous les jours j'entends maman me dire "Marion, pas de bêtise, et pas de sucreries !"
Tous les jours je sens pourtant mes jambes devenir molles devant les gâteaux à la crème et les madeleines au chocolat.
Tous les jours je rêve devant ce magasin rouge. Je reste là et j'invente des pâtisseries extraordinaires en fermant les yeux. Comme la boule de pâte d'amande géante recouverte de chocolat fondu et de crème chantilly que j'ai appelée "la montagne merveilleuse".
Tous les jours j'ai les mains moites d'avoir trop serré mon argent de poche.
Et tous les jours, tous les jours sans exception, je rentre chez moi en pensant "c'est décidé, demain, je désobéis". 

(Illustration Susanna Rumiz)