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27 novembre 2010

Le canard masqué



Chaque jour, le canard masqué parcourait les bords de l'étang à vélo. C'était là, d'habitude, que toutes sortes d'animaux se cachaient pour tendre un piège aux oiseaux. Chats, chiens, belettes, renard... Dans les fourrés et les hautes herbes, les prédateurs ne manquaient pas. Le canard masqué avait donc beaucoup à faire, surtout au printemps, quand les canetons goûtaient pour la première fois aux joies de l'eau. A début, les promeneurs, voyant passer ce canard à vélo, avaient été surpris. Mais avec le temps, ils s'étaient habitués. Ils avaient même fini par ne marcher que d'un côté du chemin, pour qu'il puisse circuler plus facilement (il faut dire qu'il y avait eu deux accidents). Et puis le canard masqué s'était mis à chasser les promeneurs, parce qu'il trouvait qu'ils faisaient trop de bruit et salissaient l'étang. Les oiseaux de l'étang décidèrent de partir parce qu'ils ne recevaient plus de pain. Le canard masqué resta seul au milieu des prédateurs. On dit que pour être sûr de leur échapper, il ne descendit jamais plus de son vélo.

(Illustration Barbara Rothen)

1 novembre 2010

Tenoha et le fantôme



C'était la nuit. Dans la forêt, Tenoha se tenait caché depuis déjà une heure, invisible, dans son costume d'arbre. Il avait entendu dire qu'un fantôme d'ours rôdait dans les bois depuis plusieurs semaines. Et cela effrayait la tribu.
Soudain le fantôme arriva, grand, massif, mais transparent. Tenoha lui dit "Ours, pourquoi ères-tu ainsi dans notre forêt ?"
L'ours répondit "J'ai été tué par des chasseurs. Je suis inquiet pour mes petits."
- "Ils ont été recueillis par ma mère" dit Tenoha, "Nous les rendrons à la forêt quand ils auront l'âge de se débrouiller seuls"
- "Es-tu sûr qu'ils ne risquent rien, au milieu des hommes ?"
- "ils sont maintenant mes frères" répondit simplement Tenoha, "tu n'as pas à t'inquiéter, je veille sur eux."
L'ours regarda Tenoha. Ses yeux semblaient apaisés, prêts à se fermer pour toujours.
- "Ours tu es libre de partir, maintenant."
Le fantôme s'approcha du garçon jusqu'à se mélanger à lui. Quand il disparut complètement Tenoha sentit en lui une grande puissance. L'ours lui avait offert sa force afin qu'il puisse protéger ses frères.

(Illustration Barbara Rothen)

25 septembre 2010

De la tête aux pieds



Mademoiselle Lucie était bien décidée, cette fois, à remporter le concours "chapeaux et couleurs". Elle avait pour cela fabriqué une grande chaussette qu'elle avait posée sur sa tête. Elle avait ensuite tricoté une robe de la même couleur et avait appelé l'ensemble "De la tête aux pieds". C'était vraiment très réussi.
Mais quand elle arriva devant le jury, elle trébucha. La chaussette glissa et Lucie se retrouva prisonnière de son chapeau. Tout le monde se mit à rire. Lucie se rendit compte qu'elle aimait ça. Elle gesticula dans sa chaussette, sauta, fit des galipettes. C'était un vrai succès et on l'applaudit longtemps.
Mademoiselle Lucie ne remporta pas le concours ce jour-là. Mais plus rien n'avait d'importance depuis qu'elle avait découvert qu'elle savait faire rire les gens.

(Illustration Barbara Rothen)

10 septembre 2010

Frissons


Soudain, Cécile sentit que quelqu'un la suivait. Quelqu'un de grand et de lourd qui avançait en traînant les pieds. Quelques gouttes chaudes tombèrent sur sa tête. Cécile s'arrêta. Elle était pétrifiée. A quoi pouvait bien ressembler le monstre gigantesque qui bavait ainsi ? Avait-il de grandes dents ? Une queue pointue ? Crachait-il du feu ? Jetait-il des sorts ?
Cécile n'osa pas se retourner. Elle avait trop peur de se faire dévorer.
Elle continua finalement à avancer et bientôt, n'entendit plus le monstre. Loin derrière, une théière essoufflée rebroussait chemin, pleurant de n'avoir toujours pas d'amie.

(Illustration Barbara Rothen)

25 août 2010

Madame Secret




On l'appelait Madame Secret.
Personne ne connaissait exactement son âge.
On disait qu'autrefois elle avait été maîtresse d'école. Mais elle ne parlait plus depuis longtemps.
Les enfants aimaient la regarder à travers les buissons, quand elle se balançait dans son jardin. Ils lui inventaient des histoires.
Et puis un jour la pluie est tombée. Madame Secret a freiné sa balançoire doucement, d'un pied. Elle a tendu sa main et a dit, devant les yeux médusés des enfants cachés là, "on dirait qu'il pleut".
Personne ne les a jamais crus.


 (Illustration Barbara Rothen)