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6 octobre 2010

La lecture



C'est toujours comme ça, quand je lis une histoire.
J'ouvre le livre et au début je ne vois que des lettres. Alignées dans l'ordre.
Puis mes yeux s'habituent. Ils vont directement jusqu'aux images cachées derrière. Plus besoin de passer par les mots. Plus besoin de comprendre ce que je lis. C'est comme être devant un film. Je ne me rends même plus compte que je tiens un livre et que j'en tourne les pages.
Ensuite j'entends des bruits. La musique du livre. Et c'est là que j'entre à l'intérieur. Ou plutôt non.
C'est là que l'histoire vient jusqu'à moi. M'entoure. Me prend dans ses bras.
C'est toujours comme ça, quand je lis une histoire. Au bout d'un moment, c'est moi qui suis lu.

(Illustration Casajordi)

8 septembre 2010

L'imagination




"L'imagination", maman m'a dit, "c'est un petit théâtre avec un grand rideau rouge. On ne sait jamais ce qu'on va trouver derrière. C'est toujours différent. Parfois ça ressemble à la réalité. Parfois c'est un peu triste. Parfois c'est complètement fou, ça n'a ni queue ni tête, ni dessus ni dessous."
Ce matin, à l'école, dans mon petit théâtre, il y avait une grande dame avec un visage de fleur et un enfant minuscule sur son épaule. Un petit garçon qui donnait un coeur rouge à un oiseau géant. Un ange qui soufflait des mots dans une grande trompette. Et une porte blanche avec une poignée dorée.
Autour de moi, on faisait des mathématiques sur de grands cahiers verts. J'ai quitté le théâtre des yeux et j'ai pris mon crayon. J'ai écrit.  "25 + 16". J'ai mangé ma gomme. J'ai refermé mon cahier. Et j'ai ouvert la porte blanche.
Le soir la maîtresse a dit à maman qu'elle ne m'avait pas vue sortir.

(Illustration Casajordi)