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24 novembre 2010

Triste sire



Maximum regardait ses soldats gesticuler et pousser des cris de victoire, suite à l'invasion de Ferocia, ville réputée imprenable.
Ce qui aurait dû le réjouir le rendait maussade. "Quelle bande d'abrutis" pensait-il, seul, dans la salle du trône. Enfant, Maximum, avait appris à lire, et à écrire, il avait lu des livres d'art et d'histoire. Il avait même eu un professeur de chant. Mais depuis qu'il était adulte et que le roi, son père, était mort, on n'attendait de lui qu'une seule chose : qu'il soit un terrible guerrier. Envolé le chant, disparus les livres d'art, Maximum passait ses journées à donner des ordres, à manier l'épée, et à planifier les futures batailles.
Alors, bien souvent, Maximum soupirait en pensant qu'il aurait préféré ne rien apprendre, ne rien savoir des livres et de la musique. Qu'il aurait préféré rester stupide comme ses soldats. Et ne jamais avoir connu la beauté.

(Illustration Pierre-Yves Cezard)

18 octobre 2010

Mon papa


Mon papa, à moi, il ne travaille pas. Il préfère rester à la maison pour nous garder, ma petite soeur et moi. Il dit que c'est mieux que de se faire garder par un patron dans un bureau. C'est plutôt chouette. Surtout que mon papa, il a un drôle de pouvoir secret. Celui de faire vivre les jouets. Alors quand il fait le loup et qu'il me cours après, c'est toute la chambre qui s'enfuit. Les voitures démarrent à toute vitesse, les pantins boitillent pour lui échapper. Même les peluches sortent de leur coffre en bois pour participer à la course. C'est le grand bazar et ça fait beaucoup rire Lola qui regarde à travers les barreaux de son lit.
Par contre ça fait moins rire maman qui rentre le soir fatiguée et voit tous nos jouets éparpillés dans la maison. "Vous avez encore joué au loup on dirait ! ", elle dit, en général, après avoir posé son sac. Moi je ne réponds rien, je ramasse mes affaires dès que je la vois froncer les sourcils. Mais papa, lui, il a un autre pouvoir qui marche à tous les coups. Il appelle ça le bisou magique. C'est presque rien mais ça efface la mauvaise humeur de maman. Et comme ça, le lendemain, dès qu'elle s'en va, on peut recommencer.

(Illustration Pierre-Yves Cezard)

7 octobre 2010

Prouver



Complètement perdu. Trois jours de route, à pédaler comme un dingue et le voilà devant un panneau en train de se demander s'il n'aurait pas dû prendre à droite, dix kilomètres plus tôt. Ou bien à gauche, la veille. La dernière fois il avait dû abandonner. Au bout de cent soixante seize kilomètres. Et tout le monde avait été déçu. Surtout lui.
Alors pas cette fois. Pas après trois jours de voyage. S'il faisait tout ça c'était justement pour prouver qu'il n'était pas le "débile" qu'on avait cru toutes ces années. "Débile", à l'école. "Débile", au collège. Pas au lycée. Même pas la peine, le lycée. On lui avait dit "pas les capacités".
Depuis il avait démontré bien des choses. Il avait franchi des étapes. Mais il lui en restait une. Et ça n'était pas ce panneau qui l'empêcherait de continuer. Il avait prouvé qu'il était capable d'apprendre. Il avait prouvé qu'il était capable de travailler. Il avait prouvé qu'il était capable d'être autonome. Il avait prouvé qu'il était capable d'aimer, et de se faire aimer.
Il prouverait maintenant qu'il était capable de traverser la France en vélo. Tout seul.

(Illustration Pierre-Yves Cezard)