17 décembre 2010

Histoire d'une histoire



Voici l'histoire d'une histoire.
Un jour l'histoire trouva sa cage ouverte. Rêvant de liberté elle s'échappa, sous l'oeil curieux de son auteur qui se demanda ce qu'elle allait devenir. Un livre, une autre histoire, un cauchemar, peut-être ?
L'histoire s'envola donc mais se trouva vite face au danger : les pages d'un bateau-livre faillirent l'attraper. Elle accéléra et continua son chemin. Comme elle était fatiguée, l'histoire se posa ensuite sur un drôle de rocher. Mais elle s'aperçut soudain que c'était un croc-o-contes. Et qu'il avait déjà dévoré trois histoires comme elle. Vite, l'histoire repartit, bien déçue de tous ces dangers qui rendaient la liberté plutôt effrayante. Elle retrouva le chemin de sa cage et referma la petite porte derrière elle en poussant un long soupir.
Non, vraiment, cette petite histoire n'était pas prête à devenir autre chose.

(Illustration Frédérique Thyss)

16 décembre 2010

Le directeur



Comment avait-il fait pour atterrir là ? Ou plutôt, pour amerrir là ?
Comment était-il passé de son bureau de directeur de l'Ecole Primaire Van Gogh, à cette mer toute verte ? Pourquoi avait-il une queue ?
Il se souvenait d'avoir puni Martin, l'élève de CE2 B qui passait son temps à ennuyer la maîtresse. Il se souvenait de l'avoir assis dans son bureau, et de lui avoir ordonné de copier cinquante fois "je dois respecter Madame Mouchin". Il se souvenait d'avoir entendu Martin lui dire "vous l'aurez voulu". Il se souvenait de cette drôle de baguette brillante qu'il avait sortie de son cartable. Il se souvenait d'avoir été ébloui. Ensuite, il ne se souvenait plus de rien. Mais quand il avait ouvert les yeux, il s'était retrouvé là.

(Illustration Danielle Kattar)

15 décembre 2010

Grand'Zoreilles



Ce qui est bien, à l'hôpital, c'est que la nuit Grand'Zoreilles devient vivant. Dès que la lumière est éteinte et que l'infirmière est partie, il ouvre ses yeux et se met à parler et à gigoter dans tous les sens. Je me demande comment il fait pour tenir toute la journée comme ça, sans bouger, tout mou, comme une vieille peluche. Sûrement que ça doit être super difficile de voir défiler les médecins, les infirmières, mes parents, sans rien dire. Du coup, la nuit, il se rattrape. Il a des tas de choses à me dire. Je n'ai plus qu'à l'écouter parler. Et c'est drôlement intéressant d'entendre sa journée vue par les yeux d'un faux lapin en peluche. Il pense que les infirmières sont des colombes, que les médecins sont des bonhommes de neige, et que mes parents sont un roi et une reine. Ça transforme mes journées en histoires bizarres. J'adore ça. Dommage que ce soit un secret. Parce que je suis sûre que si les grands entendaient ça, ils verraient le monde tout autrement.

(Illustration Noémie Weber)

13 décembre 2010

Fais-ta-star



Camille, elle a tout. Elle a des lunettes, un cartable et un pull "Super-Brille" (un peu court, mais "Super-Brille" quand même), une gomme à paillettes,  un stylo quatre couleurs à l'encre parfumée, un cahier "Fais-ta-star", tout. Alors elle crâne, le matin, à l'arrêt de bus. Je suis sure qu'elle vient vingt minutes en avance juste pour ça.
Moi je surveille le bus de ma fenêtre et je descends quand je le vois au bout de la rue. Il n'y a pas d'étoile sur mes affaires. Je ne vois pas pourquoi je resterais là vingt minutes pour ne rien montrer. Et puis, les histoires qu'on a dans la tête, ça ne se montre pas. Ça ne brille pas et ça ne sent ni la fraise ni les fruits exotiques. C'est là, c'est tout. Il n'y a que moi pour les voir.
Mais ça, au moins, ça reste.

(Illustration Gwendoulash)

11 décembre 2010

Dans les livres



Il ne faut jamais croire ce que l'on voit dans les livres.
Penses-tu vraiment qu'un oiseau puisse se percher sur un nuage ? Qu'une maison puisse tenir, aussi penchée, en haut d'une colline ? Que les roues d'une remorque soient aussi petites que des biscuits et que les arbres n'aient que trois ou quatre branches ? Penses-tu qu'un oiseau qui chante fasse apparaître des mots devant son bec ?
Non, ne crois pas ce que tu vois, dans les livres.
Mais promène ton regard. Rêve. Imagine. Et ne reviens pas.

(Illustration Nicolas Gouny)

10 décembre 2010

Les dimanches matin de Suzette




Le dimanche matin, à neuf heures, c'est l'heure de la gymnastique à la télévision. Prunille ne raterait ça pour rien au monde. A peine levée, elle avale vite vite un jus de carottes, enfile sa tenue rose, et attend ses copines. Parce que la gymnastique, même si c'est bien, c'est bien plus amusant à quatre.
Suzette, elle, voit ça tout autrement. Le dimanche matin elle aimerait rester au lit. Manger des tartines sous la couette en écoutant de la musique douce. Se lever à midi.
Mais Prunille est sa meilleure amie et il ne faut pas la décevoir. Alors adieu, les dimanches matin à ne rien faire ! Suzette met son survêtement bleu et traîne les pieds jusqu'à la maison voisine. Quand Prunille ouvre la porte, Suzette fait un large sourire, tourne sur elle-même et dit "dimanche matin, à bas les coussins !"
Ensuite elle rejoint les autres, et attend, comme chaque semaine, que cette affreuse matinée se termine.

(Illustration Madame Prope)

9 décembre 2010

Le garde-chasse ridicule



Il était une fois, dans une forêt de sapins, au pied de la montagne, un garde-chasse qui s'appelait Saturnin.
Saturnin était un homme mais avait l'âme d'un enfant. Chaque matin, il partait à la chasse au cerf, non avec un fusil, mais avec un filet à papillons. Car il avait beau être garde-chasse, Saturnin détestait ceux qui effrayaient les animaux. Et haïssait les chasseurs.
Pour attirer le cerf, il se coiffait d'un chapeau à bois, pensant ainsi que l'animal le prendrait pour l'un des siens. Il avait également fabriqué une corne spéciale qui chuchotait des mots doux. 
Bien sûr le cerf n'était jamais bien loin. Et aurait bien voulu un jour être l'ami de Saturnin. Mais les sapins et les montagnes riaient tellement de bon coeur devant l'accoutrement du garde-chasse, qu'il n'osait pas s'approcher. Car un cerf ne peut se permettre d'être ridicule. Même s'il a besoin d'un ami.

(Illustration Flambi)

8 décembre 2010

La douche de mots



Augustin trouve l'eau désagréable et glissante, tout juste bonne à être avalée.
Ce qu'il aime lui, c'est se laver avec des mots. Des mots bien chauds, un peu plus que tièdes. Il faut savoir que pour se laver avec des mots, pas besoin de retirer ses vêtements, pas besoin de se rhabiller ensuite, c'est franchement à se demander pourquoi tout le monde ne fait pas ainsi.
Quand il est vraiment sale, Augustin choisit des mots qui frottent, comme "frigo", "fracas", ou "frimas". Et il ressort tout propre. Quand il est juste un peu poussiéreux, il se lave avec des mots doux, comme "dormir", "dodeliner", ou "dorer". Quand il est fatigué, il prend une douche de mots juste pour le plaisir. Ces jours-là, Augustin ne choisit rien. Il lève les yeux et regarde les mots tomber lettre après lettre et lui raconter une histoire.

(Illustration Séverine Robin)

7 décembre 2010

Les poissons volants




"Cette fois, mes parents me croiront", pensa Nina. Et elle continua à reculer tout doucement pour ne pas effrayer les poissons. Ce morceau de brioche semblait vraiment les attirer. Ils l'avaient suivie de l'océan jusqu'à la maison, d'abord nageant, puis volant.
"Cette fois, ils me croiront, vraiment", continua à penser Nina, approchant du salon. "Ils verront de leurs yeux que les poissons volent quand ils ont faim. Et que je n'ai rien inventé, l'autre jour."
Puis, au moment d'entrer dans la pièce où se trouvaient ses parents, les poissons juste devant elle, Nina annonça, d'un air victorieux : "A qui le ventre est affamé, poussent des ailes !"

(Illustration Romain Laforet)

6 décembre 2010

Le secret du Père Noël



Tout le monde sait que le Père Noël a une grande barbe blanche. Tout le monde sait qu'il porte un manteau rouge et des bottes noires. Tout le monde sait qu'il a aussi un bonnet bordé de fourrure blanche. Et qu'il aime les enfants au point de leur apporter, chaque année, les jouets dont ils rêvent.
Mais ce que l'on sait moins, et même pas du tout, c'est que le Père Noël est aussi grand qu'une maison.Tellement gros, que plusieurs enfants peuvent l'escalader sans même le réveiller.  Tellement immense qu'il lui est bien sûr impossible d'entrer dans une cheminée.
Ce que l'on sait moins, et même, pas du tout, c'est que les seules choses qui passent par la cheminée sont les cadeaux, dans sa main, tout au bout de son long bras. Alors, enfants, si le soir de Noël vous croisez un monstre noir au beau milieu du salon, n'ayez pas peur, approchez-vous. Guidez la grosse main gantée du Père Noël jusqu'au sapin. Ensuite, retournez vous coucher et attendez que le soleil se lève.

(Illustration Anthony Naulleau)

3 décembre 2010

Bernard l'élégant




Bernard était un renard très coquet. Il ne supportait plus de porter tous les jours cette fourrure rousse et ce bout de queue blanc. A l'aube, il se faufilait donc dans les jardins pour y trouver de quoi être élégant. Il avait essayé toute sorte de choses : culottes, robes, bonnets, pantalons... mais il préférait les chaussettes par dessus tout. Savez-vous pourquoi ?
Parce qu'ayant quatre pattes, il avait le bonheur de pouvoir en porter quatre différentes, et toutes à la fois !

(Illustration Julie T)

2 décembre 2010

Le Grand Chapardeur



Au moment où le Grand Chapardeur l'attrapa, Marjorie fit semblant d'être une poupée. Au pire, s'il trouvait une poupée, il la mettrait dans son gros sac comme tout ce qu'il ramassait, et elle n'aurait plus qu'à s'échapper discrètement un peu plus loin. Mais s'il trouvait une petite fille, que ferait-il ? Est-ce que le Grand Chapardeur était un mangeur d'enfants ? La retiendrait-il prisonnière ? Avait-il un ami ogre à qui il donnait ce qu'il ne voulait pas garder ?
Pendouillant dans ses bras, Marjorie trouva que le Grand Chapardeur n'avait pas l'air méchant. Qu'il avait plutôt l'air triste. Elle eut presque envie de lui sourire, pour voir. Mais abandonna aussitôt cette idée en apercevant, attachées à son sac, les lunettes de son petit frère que personne n'avait revu depuis plus d'un an.

(Illustration Cinzia Sileo)

1 décembre 2010

Peindre



C'est l'histoire d'un peintre qui n'aimait pas la peinture. Qui pensait que cette espèce de liquide collant n'avait rien de beau. Et que pour peindre, il fallait utiliser le monde, pour de vrai.
Ainsi, un jour, il a peint avec ses larmes. Et sur la toile, a vu apparaître son meilleur ami, qui lui manquait depuis qu'il était parti en Amérique. Une autre fois il a peint avec du jus d'orange, et un grand soleil chaud s'est dessiné. Mais la plus belle toile fut celle qu'il peignit avec l'eau de l'Océan Indien, rapportée d'un voyage. Bien qu'elle fut simplement bleue dans son seau, l'eau sur la toile fit apparaître un paysage marin magnifique, peuplé de poissons colorés. Certains dirent que ce n'était pas un vrai peintre, que tout le monde pouvait faire la même chose. Mais quand ils essayèrent, l'eau de l'océan indien s'étala sans couleur sur leurs toiles et retomba en flaques sur le sol.

(Illustration Fabien Doulut)

30 novembre 2010

La catastrophe




Le samedi, c'était le jour où Paulo offrait des tours en Montgolfière. Il en était fier, Paulo, de sa grosse machine volante, qui se baladait entre les nuages depuis dix ans. Elle avait beau être rafistolée, elle volait comme une colombe.
Mais un samedi, Kevin décida d'y monter. Il n'avait jamais été obéissant, Kevin, et depuis qu'il avait douze ans c'était encore pire. Même ses parents n'en venaient pas à bout. Paulo, qui le vit arriver sur la passerelle, eut beau crier et faire de grands gestes en montrant le "poids maximum 1 tonne" qui était affiché sur la montgolfière,  il n'arrêta pas le pachyderme. Kevin, lui, arrêta net la montgolfière, et chuta avec Paulo, son assistant Moustache et Monsieur Jambon, jusqu'au lac qui se trouvait heureusement en dessous.
Depuis, le samedi, on trouve Paulo au café du coin. Il parle tout seul, debout devant la télé, enroulé dans la toile de sa montgolfière.

(Illustration Olivier Daumas)

29 novembre 2010

Sans Mao



Depuis que Mao était parti, Papatte n'avait plus goût à rien. Ses croquettes n'avaient plus de saveur, le lait ressemblait à de l'eau et les bouchons attachés à une ficelle l'ennuyaient à mourir.
Il faut dire que Papatte et Mao avaient grandi ensemble, l'un trottinant dans la maison, l'autre bullant dans son bocal. Mao ne parlait pas, bien sûr, mais il savait se faire comprendre et Papatte passait de longues heures à le regarder, le nez collé à la vitre. Une fois il avait même essayé de le caresser en plongeant sa patte dans l'eau. Mais on l'avait grondé et laissé dehors une journée entière, en plein hiver. Malgré tout, c'était un bon souvenir. C'était un souvenir de Mao.
Alors Papatte passa ses journées sans bouger à l'endroit où se trouvait le bocal. Et puis un jour, on y posa une cage. A l'intérieur se trouvaient deux souris. Papatte les regarda un moment tourner dans leur roue. Enfin, dans un soupir, il décida qu'il était temps d'être ami avec de vrais chats.

(Illustration Florian Le Priol)

27 novembre 2010

Le canard masqué



Chaque jour, le canard masqué parcourait les bords de l'étang à vélo. C'était là, d'habitude, que toutes sortes d'animaux se cachaient pour tendre un piège aux oiseaux. Chats, chiens, belettes, renard... Dans les fourrés et les hautes herbes, les prédateurs ne manquaient pas. Le canard masqué avait donc beaucoup à faire, surtout au printemps, quand les canetons goûtaient pour la première fois aux joies de l'eau. A début, les promeneurs, voyant passer ce canard à vélo, avaient été surpris. Mais avec le temps, ils s'étaient habitués. Ils avaient même fini par ne marcher que d'un côté du chemin, pour qu'il puisse circuler plus facilement (il faut dire qu'il y avait eu deux accidents). Et puis le canard masqué s'était mis à chasser les promeneurs, parce qu'il trouvait qu'ils faisaient trop de bruit et salissaient l'étang. Les oiseaux de l'étang décidèrent de partir parce qu'ils ne recevaient plus de pain. Le canard masqué resta seul au milieu des prédateurs. On dit que pour être sûr de leur échapper, il ne descendit jamais plus de son vélo.

(Illustration Barbara Rothen)

26 novembre 2010

Plume d'Acier et Cheval Rapide



Moi, ce que j'aime, c'est jouer aux indiens. Mon frère et moi on met nos déguisements, un peu de feutre rouge, et on change de prénoms. Lui c'est Plume d'Acier, moi c'est Cheval Rapide. Au début on jouait comme ça, dans le jardin. Et puis on a eu une idée. On a fabriqué un grand tapis en collant des feuilles de papier les unes aux autres, et on a peint un décor, le grand Canyon, le ciel, les tipis et les chevaux. Ça nous a pris du temps mais c'est vraiment réussi. Maintenant quand on joue, c'est plus pareil. C'est comme pour de vrai. Le seul problème, par contre, c'est qu'on ne peut plus courir, ni lancer des flèches, sinon, forcément, on sort du tapis.

(Illustration Coralie Saudo)

25 novembre 2010

La fille de la forêt



Elle avait poussé là par hasard. Ne savait pas ce qu'elle était, vraiment. Elle aurait pu être un arbre, mais elle avait le visage d'une petite fille. Elle aurait pu être une petite fille, mais sa peau était en écorce et de longues racines l'attachaient à la terre. Et puis un oiseau rouge avait pris l'habitude de venir  lui parler.
"Tu parles, tu vois, tu entends... tout ce qu'un arbre ne fait pas." Et puis, le lendemain, "tu ne peux pas marcher, tu restes toujours au même endroit, tu es née dans la forêt, ça n'est pas comme ça que vit une petite fille !".
Il vint ainsi tous les jours,  jusqu'à ce qu'elle eut dix ans. Alors ses racines disparurent.
"Tu es grande maintenant", dit l'oiseau, "ta mère, la forêt, pense que tu es prête à partir." Comme par magie, son écorce s'était détachée de son corps et ressemblait à une longue robe au tissu épais. Elle fit ses premiers pas. Alla ensuite un peu plus loin. Enfin, elle sortit de la forêt et ne vit plus jamais l'oiseau.

(Illustration Jess Pauwels)

24 novembre 2010

Triste sire



Maximum regardait ses soldats gesticuler et pousser des cris de victoire, suite à l'invasion de Ferocia, ville réputée imprenable.
Ce qui aurait dû le réjouir le rendait maussade. "Quelle bande d'abrutis" pensait-il, seul, dans la salle du trône. Enfant, Maximum, avait appris à lire, et à écrire, il avait lu des livres d'art et d'histoire. Il avait même eu un professeur de chant. Mais depuis qu'il était adulte et que le roi, son père, était mort, on n'attendait de lui qu'une seule chose : qu'il soit un terrible guerrier. Envolé le chant, disparus les livres d'art, Maximum passait ses journées à donner des ordres, à manier l'épée, et à planifier les futures batailles.
Alors, bien souvent, Maximum soupirait en pensant qu'il aurait préféré ne rien apprendre, ne rien savoir des livres et de la musique. Qu'il aurait préféré rester stupide comme ses soldats. Et ne jamais avoir connu la beauté.

(Illustration Pierre-Yves Cezard)

22 novembre 2010

Albert la poussière



Albert était un monstre au grand coeur. Toujours partant pour un câlin. Toujours prêt à serrer quelqu'un dans ses six bras. Toujours en quête d'amour.
Seulement, Albert n'était pas plus grand qu'un grain de poussière. Personne ne pouvait le voir. Et il était donc bien difficile pour lui de trouver l'élue de son coeur. C'est pourquoi il décida d'inventer une potion pour devenir plus grand. Après des centaines de mélanges ratés, il finit par réussir et but aussitôt sa potion.
Il poussa comme un champignon jusqu'à atteindre la taille d'un enfant de sept ans. Heureux, il se précipita vers la première petite fille qu'il rencontra. Elle sortait tout juste de l'école et rentrait chez elle, cartable sur le dos.
Dès qu'elle le vit, la petite fille prit peur et s'enfuit en criant "au secours". Albert resta sans voix, les six bras grands ouverts. Et il comprit soudain la triste vérité : un monstre de la taille d'un grain de poussière n'a aucune chance d'être remarqué, mais au moins, il ne fait peur à personne.

(Illustration Julie T)

20 novembre 2010

Deux



On les appelait les Siamoises. Pourtant elles n'étaient même pas soeurs. Juste meilleures amies du monde. On ne voyait jamais l'une sans l'autre. Jamais l'une sans le bras de l'autre posé sur son épaule. Siamoises. Attachées, collées, inséparables. Toujours en train de parler à voix basse, de regarder dans la même direction.
Jusqu'au jour où l'une a voulu suivre une fourmi des yeux quand l'autre a préféré observer le vol d'un oiseau. Jusqu'au jour où elles ont compris qu'elles ne voulaient pas toujours voir la même chose en même temps. Jusqu'au jour où elles ont compris qu'elle n'était pas exactement la même personne. Qu'être ami n'empêchait pas d'être soi-même.

(Illustration Csil)

19 novembre 2010

C'est bien connu !



Les souris en papier, c'est bien connu, ne mangent que des lettres S.
S majuscules, S minuscules, S penché, S en attaché, S rouge ou bleu, écrit à la main ou tapé à l'ordinateur, chacun a sa saveur mais tous les S sont bons.
Alors qu'elle s'apprêtait à faire un vrai festin, une souris en papier vit apparaître de drôle de lettres. "Que font ces M, ces I, ces A, ces O, au milieu de mon goûter ?" dit-elle, agacée. Elle n'eut pas le temps de comprendre ni de se retourner. Un gros chat de tissu venait d'arriver. Et les chats de tissu, c'est bien connu, ne mangent que des souris en papier.

(Illustration Arianna Tamburini)

18 novembre 2010

Arthur la confiture



Arthur avait toujours été gourmand. Il avalait tout ce qui passait. Sucré, salé, peu lui importait, quand il voyait quelque chose à manger il ne pouvait pas résister.  On avait d'ailleurs fini par l'appeler "Arthur la confiture".
Ce jour là son petit frère fêtait son premier anniversaire. Maman avait fait un gâteau au chocolat très appétissant. Tout était prêt, la bougie, les cadeaux. Ne manquait plus que le petit frère qui faisait une longue sieste.
Arthur, impatient, s'était déjà mis à table. Il observa le gâteau un moment et finit par le toucher du doigt : il était bien moelleux, juste comme il les aimait.
"Si j'en mange un morceau maintenant, maman sera fâchée et je n'en aurai plus", pensa Arthur. "Si j'attends, j'en aurai un morceau, peut-être deux mais maman dira que c'est assez." Une part ou deux, quoiqu'il en soit ça n'était pas beaucoup.
Arthur réfléchit. Mais pas longtemps. Il décida qu'il valait mieux tout manger, maintenant.
(Illustration Orély)

17 novembre 2010

La vérité sur les insectes



C'est un petit village perché sur des feuilles d'arbre. Habité par on ne sait qui. Des êtres minuscules, des chenilles, peut-être. Ou des coccinelles. En s'approchant on peut voir la fumée des cheminées. Les antennes pour la télé. De petites fenêtres et de petites portes.
La plupart des gens croient que ce sont des champignons qui ont poussé sur les feuilles, tout simplement parce qu'ils n'ont pas regardé d'assez près.
Mais toi, penses-tu vraiment que les insectes habitent dans des trous? Sous les écorces ? Dans la terre ? Dans tous ces endroits humides et sombres ? Pourquoi ne voudraient-ils pas, eux aussi, de belles maisons confortables, avec de la lumière et une vue sur le jardin ? Les livres racontent n'importe quoi. Les insectes vivent dans de vraies maisons à leur taille, dorment en pyjama et boivent un chocolat chaud le matin avant de partir à l'école. La seule différence avec toi, c'est qu'ils ont quatre pattes de plus et des milliers de frères et soeurs.

(Illustration Sophie Collin)

16 novembre 2010

Hadrien le citadin



Hadrien est un enfant des villes. Il est né dans un hôpital qui donne sur le boulevard. Il vit avec ses parents dans un appartement, au cinquième étage du bâtiment C. A l'école, les pique-nique se font dans un square, serrés sur trois brins d'herbe. Quand il va chez ses grands-parents, il prend le bus, et le métro. Ensuite il doit traverser une avenue pleine de voitures.
Pourtant Hadrien est né avec de l'herbe sur la tête. Au début ce n'était qu'une sorte de gazon très fin, doux comme de la mousse. Et puis quelques arbres se sont mis à pousser. A sept ans, il avait sur la tête une petite forêt. A neuf ans, des montagnes se sont ajoutées au paysage. Bien sûr ses amis lui ont conseillé de raser cette chevelure qui lui donne un air si campagnard. Et dans la rue on le regarde avec mépris. Mais Hadrien, lui, est fier de ce bout de nature sur sa tête. Surtout en automne, quand les arbres brandissent au nez des citadins refroidis leurs belles feuilles couleur de feu.


(Illustration Fabien Doulut)

15 novembre 2010

Ce qu'on dit sur les loups



On dit que la nuit, tous les loups sont noirs.
On dit que la lune rend leurs pas silencieux. Que sa lumière entoure leurs pattes d'un coussin de coton. Et qu'ainsi ils s'approchent plus près de leurs proies.
On dit que leurs yeux sont jaunes quand ils ont faim.
Voilà tout ce qu'on dit, sur les loups.
Pourtant moi, j'en ai un dans ma chambre, un beau loup tout noir, que j'ai appelé Charbon. Il est doux et câlin. Il dort avec moi, et quand je vais à l'école il attend sagement à la maison, sans faire de mal à personne. Je ne vois vraiment pas pourquoi les loups ont cette réputation.
Pour tout vous dire, Charbon est même ma peluche préférée.

(Illustration Anthony Naulleau)

13 novembre 2010

La preuve



"Il ne faut jamais sortir sans son parapluie."
Qu'il y ait des nuages ou qu'il n'y en ait pas. Que la pluie menace ou que le soleil brille.
"Il ne faut jamais sortir sans son parapluie."
C'est ce que Monsieur Jean avait toujours dit à sa femme. C'est aussi ce qu'il avait toujours fait. Et ce jour-là, plus que tout autre, alors qu'il tombait du ciel en tenant son chapeau, il eut la  preuve qu'il avait raison.

(Illutration Elice)

12 novembre 2010

La guitare de Gaspard



Gaspard a inventé une drôle de guitare. Il suffit qu'il la porte sur son dos et commence à marcher pour que la guitare sème des notes partout où elle passe. Dans les champs, sur la route, sur le sable, peu importe l'endroit, les notes en tombant se plantent et attendent là. Ensuite, avec un peu de vent, un peu de soleil, et très peu de pluie, elles poussent jusqu'à devenir des chansons. Mais Gaspard est un garçon généreux. Il laisse n'importe qui faire la récolte. Il n'a pas besoin de garder toute cette musique rien que pour lui. Ce que Gaspard voudrait, en vérité, c'est que tout le monde se mette à chanter. 

(Illustration Florian Le Priol)

11 novembre 2010

Lisette et le poisson bavard



Cet après-midi là, Lisette était partie se promener près de l'étang gelé. Lorsqu'elle arriva, elle vit un trou duquel sortait la tête d'un petit poisson rouge.
"on m'a jeté ici au printemps" dit le poisson, "mon propriétaire trouvait que je parlais trop. Ce qui est inhabituel, pour un poisson, il faut bien le dire, mais c'est comme ça, je suis un poisson intelligent, je parle et je sais beaucoup de choses. D'ailleurs c'est un pêcheur qui a fait ce trou dans la glace. Mais je n'ai pas mordu à l'hameçon ! C'est dire si je suis malin !"
Lisette qui n'avait pas ouvert la bouche, écouta le poisson pendant dix bonnes minutes. Il parlait, et parlait et parlait encore. Finalement elle cria :
"Mais tu parles trop ! Comment veux-tu que je supporte tout ce bruit dans ma chambre, jour et nuit ?"
"En fait la nuit je ne parle plus. Je dors". répondit simplement le poisson.
"Dans ce cas, c'est c'est différent", dit Lisette. Puis elle partit chercher un seau pour emporter chez elle le poisson bavard.


(Illustration Annette Boisnard)


10 novembre 2010

Une autre histoire



Tartine n'en croyait pas ses yeux. Un troupeau de lettres voulait la forcer à écrire une autre histoire. "Ecris-nous autrement ! Ecris-nous autrement !" criaient-elles en la poursuivant.  Mais Tartine n'avait aucune envie d'écrire avec ces lettres menaçantes ! Elle s'était donc mise à courir pour leur échapper.
Qu'arriverait-il si les lettres la rattrapaient ? Est-ce qu'elles la transformeraient en point d'interrogation ? Ou en un vilain point-virgule ? Qu'arriverait-il lorsqu'elle atteindrait la première page et qu'elle ne pourrait plus aller plus loin ?
Tout en continuant à courir, Tartine se dit que c'était vraiment une drôle de chose, de voir des lettres poursuivre une image tout au long d'un livre, juste parce qu'elles n'aimaient pas leur histoire !
A moins que ce ne soit qu'un cauchemar ! Mais... a-t-on déjà vu une image qui rêve ?

(Illustration Suana Verlest)

9 novembre 2010

L'animal de compagnie



Mais qu'est-ce qui m'a pris de choisir celui-là ? Pourquoi ne pas avoir pris un chat, un chien, un lapin, enfin un animal normal qu'on sort en laisse ou qu'on garde en cage ? Il est vrai que ses poils bleus et verts m'ont tout de suite plu. Et qu'un animal de compagnie qui sourit, ça ne se voit pas tous les jours.
Mais j'aurais tout de même dû me méfier de son air un peu louche.
Maintenant le voilà chez moi, toujours à emmêler sa queue dans mes jambes, toujours à débarquer sans prévenir. Depuis qu'il est là, je n'arrête pas de sursauter et d'avoir le coeur qui fait des bonds. La nuit je me réveille en sursaut parce qu'il est là, sur mon lit, en train de me regarder avec un grand sourire bizarre. Et maintenant je le sais : la seule chose qu'il attend, c'est le bon moment pour me dévorer. 
Oui, vraiment, qu'est-ce qui m'a pris de choisir celui-là ? Un hamster, au moins, n'aurait pas mangé son maître.

(Illustration Julie T)

8 novembre 2010

Tornado



Avec mon frère, parfois, on joue à Zorro. Je fais toujours le cheval, et mon frère fait toujours Zorro. Parce qu'il dit que même si je suis le plus petit, je suis quand même le plus costaud et qu'il n'arriverait pas à me porter. J'imagine que c'est vrai. Alors je me mets à quatre pattes et il monte sur mon dos. Et pendant qu'il crie "En avant, Tornado !", moi je hennis et j'avance. Mon frère, il a l'air de vraiment trouver ça chouette. Moi je trouve ça un peu ennuyant. Alors pour patienter je pense à des choses que j'aime. Je les mets dans l'ordre en comptant. Et j'attends le moment de l'histoire où Zorro descend de son cheval.

(Illustration Julien Castanié)

6 novembre 2010

La forêt



Grandir ça ressemble à ça. Marcher dans une grande forêt les yeux bandés, sans trop savoir où on va ni pourquoi. Avec derrière nous des gens qui nous guident. Parfois qui nous poussent, quand ça devient trop inquiétant et qu'on n'a plus envie d'avancer.
Grandir ça fait un peu peur. On ne peut pas dire le contraire. Surtout quand on commence tout juste à entrer dans la forêt. Sans doute aussi quand on est très vieux et qu'on doit en sortir.
Grandir c'est choisir des chemins, éviter les branches. Grandir c'est apprendre à marcher tout seul. Sentir l'odeur des feuilles. Cueillir les perce-neiges. Grandir c'est de plus en plus simple. De plus en plus beau.

(Illustration Jess Pauwels)

5 novembre 2010

Le dragon



Ça fait maintenant des mois que ça m'arrive. Et pourtant. Je ne m'y habitue pas. Je ne sais même pas si on peut un jour s'habituer à un truc pareil. Se transformer en dragon à la tombée du jour, c'est quand même difficile à digérer.
Pour que personne ne le remarque j'attends la fin de ma transformation et je déguerpis, direction le ciel bleu nuit. Maintenant je maîtrise bien le vol, pas comme les premières fois qui m'ont valu de sacrées frousses et quelques bleus à la descente.
Quand je suis un dragon, en général, j'en profite pour faire un tour de la ville, pour faire peur aux chats. Ou juste pour m'asseoir sur les toits et admirer le paysage. Ce genre de choses. De toute façon ça ne dure pas bien longtemps. Une heure tout au plus. Et d'un coup, zoum, je redeviens ce que j'étais avant, c'est-à-dire un lapin nain qui porte le nom ridicule de Nestor. 

(Illustration Anthony Naulleau)


4 novembre 2010

une histoire de poids



Il était une fois, un chaperon rouge de taille normale, qui allait apporter à sa grand-mère un pot de beurre. En chemin elle rencontra un loup immense. Enorme. Gigantesque. Un loup grand comme un éléphant. Et même grand comme deux.
Tellement lourd qu'il n'arrivait pas à marcher.
"Qu'y a-t-il dans ton panier ?" demanda le loup gourmand.
"Un pot de beurre, pour ma grand-mère", répondit le chaperon rouge en souriant.
"Si tu veux que je te laisse passer, donne-moi le pot de beurre" ordonna le loup.
"Voyons, loup", dit le chaperon rouge de sa voix douce, "ces choses là ne sont pas bonnes pour toi ! Vois comme tu es gros et gras ! Ce beurre te ferait grossir davantage !"
Le loup baissa les yeux de honte.
"Laisse-moi aller chez ma grand-mère", continua le chaperon rouge, "et quand je reviendrai, je t'apprendrai à faire de la gymnastique. Comme ça tu redeviendras bientôt un loup élégant et effrayant."
Le loup touché par tant de gentillesse, roula sur le côté et laissa passer le chaperon rouge. Elle lui caressa le museau et partit en chantant, son panier à la main. Personne ne sait si elle est revenue. Personne ne sait si le loup a maigri. Ce que l'on sait, en revanche, c'est que la grand-mère, elle, s'est bien régalée.

(Illustration Nicolas Gouny)

3 novembre 2010

Le remplaçant



Quand le remplaçant est entré dans la classe, tout le monde s'est tu. Moi j'ai levé les yeux très haut pour apercevoir son visage et je suis resté comme ça, bouche ouverte, à le regarder. Jamais je n'avais vu de maître aussi grand.
Après nous avoir donné son nom (que j'ai tout de suite oublié), il a ouvert un cahier aussi large que nos tables et il a dit : "Dictée." Il n'y avait pas un bruit dans la classe. On entendait juste la mine des crayons frotter contre le papier.
Moi je suis resté les yeux levés, incapable d'écrire quoique ce soit. Sa tête avait l'air toute petite, perchée là haut. Mais ses mains étaient immenses.
Je me suis demandé depuis quand il était aussi grand. S'il dépassait déjà les autres quand il était enfant. Je me suis demandé à quoi pouvait ressembler la vie d'un géant, en vrai. Et si de tout là haut on voyait les choses autrement.
Quand il a dit "point final" les autres ont refermé leur cahier. J'ai baissé les yeux vers le mien. Le seul mot de toute la dictée que j'avais écrit était : "extraordinaire".

(Illustration Fabien Doulut)

2 novembre 2010

La solution



Ce lapin était vraiment stupide.
Il mélangeait les fourchettes et les bicyclettes.
Les vélos et les menthes à l'eau.
Les petites oies et les petits pois.
Josiane était sa meilleure amie, malgré tout. Mais ça ne lui rendait pas la vie facile.
Elle lui offrit un dictionnaire. Rien ne changea.
Elle lui offrit un imagier. Rien ne changea.
Enfin elle l'emmena voir un docteur qui découvrit que malgré ses grandes oreilles, Carotte était à moitié sourd.
Josette lui offrit un petit appareil lui permettant de mieux entendre. Mais Carotte continua à confondre les mots. Il ne restait qu'une solution : écrire un dictionnaire Josette-Carotte et Carotte-Josette, dire fourchette pour bicyclette, vélos pour menthe à l'eau, et passer à autre chose, sans doute.

(Illustration Suana Verelst)

1 novembre 2010

Tenoha et le fantôme



C'était la nuit. Dans la forêt, Tenoha se tenait caché depuis déjà une heure, invisible, dans son costume d'arbre. Il avait entendu dire qu'un fantôme d'ours rôdait dans les bois depuis plusieurs semaines. Et cela effrayait la tribu.
Soudain le fantôme arriva, grand, massif, mais transparent. Tenoha lui dit "Ours, pourquoi ères-tu ainsi dans notre forêt ?"
L'ours répondit "J'ai été tué par des chasseurs. Je suis inquiet pour mes petits."
- "Ils ont été recueillis par ma mère" dit Tenoha, "Nous les rendrons à la forêt quand ils auront l'âge de se débrouiller seuls"
- "Es-tu sûr qu'ils ne risquent rien, au milieu des hommes ?"
- "ils sont maintenant mes frères" répondit simplement Tenoha, "tu n'as pas à t'inquiéter, je veille sur eux."
L'ours regarda Tenoha. Ses yeux semblaient apaisés, prêts à se fermer pour toujours.
- "Ours tu es libre de partir, maintenant."
Le fantôme s'approcha du garçon jusqu'à se mélanger à lui. Quand il disparut complètement Tenoha sentit en lui une grande puissance. L'ours lui avait offert sa force afin qu'il puisse protéger ses frères.

(Illustration Barbara Rothen)

30 octobre 2010

La baguette magique



Que faisait-il là ? Sur cette banquise ? Les deux pingouins à ses côtés, étaient-ils Croquette et Pantoufle, ses chats ? Qu'est-ce qui avait bien pu les propulser au Pôle Nord ? Et que faisait ce poisson dans sa main ? Ne tenait-il pas un avion, juste avant, dans sa chambre ?
Clément se rappela soudain qu'il avait dit quelque chose à sa mère, sur le froid qu'il faisait et sur le fait qu'elle n'avait pas allumé le chauffage. Quelque chose comme "si ça continue je vais me transformer en esquimau et je pourrais aller habiter au Pôle Nord". Et il se rappela qu'un jour sa mère lui avait dit : "si tu continues à râler je vais sortir ma baguette magique et te montrer que tu exagères".
C'était donc vrai. Elle avait mis sa menace à exécution et s'était servi de sa baguette magique. Elle l'avait envoyé au Pôle Nord pour lui montrer qu'il y faisait beaucoup plus froid que chez eux, même sans chauffage.
Alors Clément eut une idée. Il leva les yeux vers le ciel et dit, tout simplement : "D'accord, maman, j'ai compris. Ramène-nous à la maison. Je ne râlerai plus pour rien." Ensuite il attendit de rentrer et se demanda ce qu'il pourrait dire la prochaine fois pour que sa mère l'envoie sur Mars.

(Illustration Estelle Billon-Spagnol)

29 octobre 2010

Le terrier



Mon frère et moi on avait décidé de jouer à Alice au pays des merveilles. Lui il faisait le chapelier fou, et moi le lapin de Mars. On avait préparé une table avec du thé et des cartes. C'était exactement comme dans le livre, à un détail près : le chien du chasseur était posté à la sortie de notre terrier, et attendait que l'on sorte.
Mon frère trouvait ça plutôt drôle. Moi, comme j'étais la plus grande des deux, je jouais aux cartes tout en réfléchissant à un plan pour nous enfuir.
Finalement on a entendu des ronflements qui venaient d'en haut. Apparemment le chien s'était endormi. On a continué à jouer aux cartes. J'ai arrêté de penser à notre évasion. On était bien, tous les deux, sous la terre. J'en oubliais que mon frère n'était pas tout à fait comme les autres. J'en oubliais que dehors, on se moquait de lui. J'en oubliais même ce chasseur qui me prenait pour un vrai lapin.
Alors quand mon frère a posé sa dernière carte, je lui ai resservi du thé et j'ai dit : "on fait une autre partie ?"

(Illustration Gwladys Morey)

28 octobre 2010

Transportée



Légère comme une plume. Enfin. Débarrassée de tous ses soucis. Se promenant dans un paysage inconnu, laissant le vent soulever ses cheveux. Loin du collège, des disputes entre copines, loin de celui qui campe dans sa tête et qui ne l'aime pas, loin des profs soupirant en ouvrant la porte de leur classe. Loin de tout ça. Loin de sa vie. Tout simplement ailleurs. Transportée.

(Illustration Brunella Baldi)